♥ Photo de Mariage ♥ Oui, mais…

Stephane giner

Je publie ce petit billet parce que je ne peux pas, philosophiquement parlant, rester muet devant quelques emails que j’ai reçu récemment à propos de “Photos de mariage”.

Depuis quelques années tous les invités viennent aux mariages pour embrasser tatie Danièle, Papy René, la mariée, mais aussi et surtout pour exhiber leur matériel photo ou leur dernier téléphone-appareil-photo-8-megapix®.
Tous les photographes qui comme moi ont eu l’occasion de réaliser quelques reportages de mariage, et surtout ceux dont c’est quasiment le metier à temps plein le savent : il faut jouer des coudes parmis la ribambelle de castor junior photo reporters, faire la police quand on réalise les photos de groupe, et surtout répondre aux incessantes questions concernant le matériel… comme si l’outil faisait l’artisan !

Autant je suis un défenseur acharné du numérique en tant que technique photographique à part entière, autant je regrette amèrement les comportements que cette révolution à engendré.
On pourrait développer des heures à ce sujet, mais revenons à nos moutons… euuuh, futurs mariés !

Extraits d’emails :

  • Combien de photos prenez-vous ?
  • Les modifiez-vous en totalité sur ordinateur ?
  • En cédez-vous les droits ?
  • Pouvons nous avoir toutes les photos HD sur DVD ?
  • Quel est votre matériel (boitier, objectifs, ordinateur, écran calibré…) ?
  • En possédez vous de rechange au cas où ?

Je ne sais pas pour vous, mais je me pose beaucoup de questions après cet interrogatoire digne du FBI… Qu’est-ce qu’attend le client exactement ? de belles photos originales de son mariage à venir ?
Avec la généralisation de la prise de vue numérique et la vulgarisation des travaux de développement et de traitement des images dans une multitude de magazines raccoleurs, tout le monde pense avoir une idée exacte du boulot en aval de la prise de vue, de connaitre les meilleurs logiciels, matériels, etc etc… Avec deux trois numéros de ces ouvrages dans les toilettes que l’on consulte de temps en temps, le client *sait* tout ce qu’il doit savoir sur la photo numérique : le bon matériel et le mauvais, les bons logiciels, l’art du calibrage colorimétrique d’une chaine graphique…

C’est ridicule hein ?
et oui … et pourtant je pense ne pas être le seul à recevoir tout un tas de demandes dans le genre, où les émotions, le savoir faire du photographe, et la magie d’un jour comme celui là est totalement absente. A la place, la check list technique du matériel, l’inventaire des millions de pixels, l’assurance d’un matériel de rechange au cas ou il tombe en panne comme le windozz XP piraté de l’ordinateur du salon… et les droits ! oui les droits. comme c’est du numérique, les clients réclament maintenant les “négatifs” RAW pour pas un rond…

On vit vraiment une époque formidable, et je suis content de ne faire des reportages de mariage que de temps en temps, pour des couples qui connaissent mon travail et qui se moquent totalement si je vais venir shooter avec mon boitier numérique ou avec un blad, ou même un holga ! :)

Du coup, je ne répond pas à ces demandes. C’est certainement mal, parce que je me prive de rencontres peut être sympatiques, et finalement de séances photo créatives et détendues. Une fois les premieres questions passées, et les mariés rassurés, je suis certain que tout rentre dans l’ordre… MAIS, c’est l’été, il fait chaud, je sors d’un mois enfermé dans une chambre d’hopital ou j’ai eu tout le temps pour réfléchir à ce genre de choses, à ce que j’avais envie globalement et photographiquement parlant et à ce qui ne devait absolument plus faire de parasites. Du coup, je préfère ne pas répondre plutôt que d’exposer clairement ce que je pense de leur maniere d’aborder un photographe, parce que j’ai conscience que je pourrai être aussi désagréable que ce qu’ils ont pu l’être en m’envoyant ce genre de “questions” par email.

There are 8 comments

    • Stéphane

      Hello Cyril,

      Froid dans le dos, mouaif, … tu sais des fois les clients arrivent avec la tete bourrée de trucs, et puis tu parles un peu avec eux, tu expliques ta démarche, comment tu vas proceder, ce que tu attends d’eux en échange de ce qu’ils attendent de toi, et puis… ca passe, ca se détend, et on fini par bosser intelligement ;)

      Par contre se reconvertir dans la photo de mariage, mouep mouep mouep… pourquoi pas en faire de temps en temps et sortir de bons reportages originaux. On en discutera de vive voix si tu veux ;) Domage que tu veuilles te reconvertir maintenant que t’habites à perpette les olivettes.

  1. Paul, alias ChupaLoL360

    Salut Stéphane !

    Un billet très intéressant.

    Je sais pas trop quoi en penser, j’ai jamais fait de mariages en tant que photographe. Je n’ose trop me prononcer non plus vu que je fais clairement partie du phénomène de démocratisation de la photographie, ou plus largement, du monde de l’image.

    Comme tu le dis, je crois que c’est une partie du problème.

    D’un côté il est très facile d’acheter son premier reflex, faire un peu de post-prod et produire un travail de m**** sans aucune sensibilité, d’un autre, cette accessibilité est un vecteur de passions et vocations en tout genre.

    Je vois les choses sous cet angle là pour les mariages, conséquence de la démocratisation de l’image, je crois que les gens, non, les “cons”, n’apprécieront jamais plus de devoir payer un photographe pour immortaliser soit disant le plus beau jour de leur vie, et dans un excès d’orgueil penseront qu’ils peuvent obtenir les mêmes résultats avec un compact numérique et Picasa Lite.

    C’est tellement facile de se dire que c’est le matos qui fait le photographe, et que la numérisation des fichiers mérite que tout soit permis si bien que ce marché déjà saturé (non?) pourrait bien se fermer encore plus d’ici quelques années.

  2. ShubaCKa

    Photographe… oui mais !

    Votre article m’interpelle parce que je suis justement en train de finaliser le choix du photographe pour mon mariage en 2011. Il m’intéresse d’autant plus que je suis passé par le web avant les pages jaunes, et que j’ai vu de tout les prix pour toutes les prestations… Et c’est finalement vers un “traditionnel” (comprendre “avec un fond de commerce et 30 ans de métier”) que le choix se porte.

    Je crois que vous vous trompez autant que les gens qui vous contactent en ce sens ou s’ils ne savent plus ce qu’une vrai Photo veut dire, l’utilisation qui est sera faite semble vous échapper.

    Pour moi c’est le coeur du problème: Je comprend parfaitement que mon photographe ne souhaite pas me vendre les photos en haute qualité. Il m’a présenté son travail, de toute façon je n’ai pas les support pour apprécier pleinement sur mon pc une image qui fait 4 ou 5 fois la taille de mon écran. Ce qui me manque dans sa traditionnelle prestation “shoot mariés” + portrait de groupe + reportage (plus ou moins long), c’est un bon produit final. pas celui qui allait bien à mes parents (l’agrandissement pour le salon et le book qu’on ressort 5 fois dans sa vie). Non, celui qui me correspond, à moi qui vit avec une multitude d’objets multimédia, c’est d’avoir toujours la jolie photo dans le salon, mais surtout un joli fond d’écran, quelques images pour l’écran de veille, un cadrage de tête pour mon facebook, un autre fond d’écran pour mon mobile, 3-4 images pour servir de photo d’accueil ou de fond de site pour ma page perso… bref de pouvoir les utiliser. Payer quelques centaines d’euros pour des photos certes magnifiques, mais coincées dans un album en papier qui prend la poussière et que je ressortirai tout les 10 ans…

  3. Mathieu

    Bonjour, l’article est en effet assez juste… Pour beaucoup de travaux, mais pour des photos de mariages, je ne suis pas franchement d’accord. Je ne dis certes pas qu’il faut fournir les RAW pour pas un rond, mais peut-être au moins quelques photos en HD, ça me semble un minimum.
    Quant aux droits, il s’agit de photos de mariage, de la vie d’une famille. Comment peut-on jouer les divas après avoir accepté un contrat pour l’argent ? Parce que ce n’est manifestement pas par passion. Alors certes on contacte un pro (qui nous le fait payer) parce qu’il saura mieux que personne (et sûrement mieux que le cousin Léon avec son bidule dernier cri…) capter ce que l’on veut vraiment garder d’un jour comme celui-ci. Mais on ne lui demande pas de se prendre pour Picasso non plus.
    Je crois, sans aucune animosité, que dans ces cas-là, on devrait un peu mettre de côté l’artiste et devenir “artisan”, sinon un jour ou l’autre il n’y aura plus que des cousins Léon pour les prendre ces photos. On ne peut pas en vouloir à quiconque de chercher des solutions, surtout s’il s’agit simplement d’être libre de l’usage de sa propre image… Jouer des coudes c’est bien beau, mais si c’est pour enfler les gens au final, ça ne fait que pourrir un peu plus l’image de la profession. Et si on ne veut pas céder (dans ce cas particulier), et bien on n’a qu’à arrêter les mariages et autres baptêmes pour s’adonner à son art.
    Enfin, moi je dis ça… C’est comme ça que j’ai vécu les choses après mon mariage. Je suis graphiste et j’avoue que les leçons de morale de mon photographes sont mal passées après la prise… D’otages.

  4. Stéphane

    Hello Mathieu,

    je comprend bien ton point de vue, evidement quand on est client et qu’on paie pour une prestation, on en veut pour son argent.
    Quand je parle des droits des photos, je ne parle pas de ton droit à l’image… Je parle de la propriété intellectuelle de l’artisan sur sa création. Sans se prendre pour picasso le moins du monde. C’est comme ça, quand un photographe prend une photo il en est l’auteur.
    A aucun moment, a l’époque de l’argentique, un photographe pro ne t’aurais donné ses négatifs. Parce que justement, il te vendait les tirages qui en étaient issus, et ses négatifs, c’était un peu son fond de commerce… tirages, retirages, albums etc… c’est le métier, c’est un job.
    Maintenant que le numérique permet de dupliquer les “négatifs”, et donc de permettre à tes clients d’avoir ces fichiers pour qu’ils puissent se faire imprimer leurs photos ou ils veulent dans un labo pro comme par une solderie de l’impression sur le web, tu perds une partie de ta source de revenus.
    Ceci dit, quand tu choisis ton photographe et que tu négocie les conditions et les prix, tu peux demander à avoir les fichiers, tout est négociable, les photographes ne sont pas des abrutis mais des commerçants comme les autres :)

    Quoi qu’il en soit, j’évite de faire des reportages de mariage, parce que je pense que c’est un métier à part entière. Bien sur j’en fait pour des amis, des amis d’amis, ou des personnes qui me contactent parce qu’ils aiment mon travail et veulent avoir des photos dans cette veine… Mais comme ce n’est pas une passion pour moi de photographier des mariages, je fuis comme la peste tous ceux et celles qui ne cherchent qu’un prix.
    Je ne veux pas dire par la que je suis cher, car je me suis rendu compte que ce n’est tellement pas mon monde la photographie de mariage, que les prix que j’ai pratiqués étaient ridiculement bas par rapport au marché… et j’ai donné les fichiers HD sans que l’on me les demandent tellement je n’avais pas envie de passer des heures à coller des photos dans des albums ;)


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