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Stephane giner

Le mal du pays. Sentir la rocaille qui roule sous les chaussures, sentir l’odeur de la frigoulette courte sur patte qui s’accroche à sa terre avec la conviction que ces garrigues pelées sont le meilleur endroit au monde pour disperser son parfum.
Le bleu marbré des étangs, l’iode, le fenouil, l’algue séchée, ces visions et parfums mélangés par la Tramontane me rappellent toujours que j’ai été haut comme trois pêches du roussillon. C’est ici que j’ai poussé mon premier cri, c’est là aussi que j’ai appris à marcher et capturé mon premier grillon, que j’ai gouté avec délice l’eau tiède et salée de la Méditerranée. C’est là bas que je me suis forgé un caractère de mule, que j’ai reçu mes premières raclées. Des creux, des bosses, des marques indélébiles qui me rattachent à cette terre et à tous ceux qui y sont encore et qui se reposent à l’ombre d’un olivier, d’un amandier, l’âme dans les nuages et le coeur au creu d’un raisin noir.
Cette photo elle est pour toi là bas, pour ces cueillettes de cerises auxquelles je pense quand ma cheville gauche me fait mal les jours de pluie. Pour ces ballades à vélo dans des chemins secrets, pour le gout des asperges sauvages, des grenades, des figues de barbarie. Pour mon premier lance-pierre, pour cette collection d’étiquettes que l’on trouve sur les fruits, pour le pastis et la Pelforth brune, pour cette leçon de vie, la dernière.
Je te vois, je te sens, tu es là. me vois-tu ? Je t’aime.

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